Mizette Putallaz · Catalogue 2007
Texte intégral de Mizette Putallaz sur la couleur — transcrit depuis le catalogue Un demi-siècle de peinture, Le Manoir, Martigny, 2007. Cinq mouvements : l'harmonie, les découvertes, le jargon, l'effet spatial, le symbolisme.
Dans la vie courante, l'homme ne joue pas d'un piano mal accordé, mais lorsqu'il parle de coloris, il oppose en général les lois qui régissent son harmonie. La connaissance de celles-ci est indispensable à la culture du goût.
Cette phrase que l'on entend fréquemment — des goûts et des couleurs... — démontre l'absence d'une science précise de l'harmonie des couleurs. Les études vulgarisées ces vingt dernières années ont prouvé que l'harmonie et l'esthétique sont bien distinctes. L'harmonie des couleurs dépend d'un équilibre des proportions et de la symétrie des forces.
L'élaboration d'une science de la couleur dépend de quatre facteurs :
Dans le domaine de la couleur, les phénomènes optiques, psychiques, intellectuels et symboliques sont étroitement liés.
La nature est incolore mais sillonnée par une infinité d'ondes variées. La longueur d'onde des rayons lumineux visibles à l'œil nu va de 0,41 à 0,81 millième de millimètre.
En 1676, Isaac Newton traverse un prisme de verre d'un faisceau de lumière blanche. Des rayons de couleurs différentes en sortent. Recueillis sur un écran, ils forment une bande lumineuse de sept couleurs : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo, violet. Le rapport des vibrations du rouge au violet est environ 1:2 — celui de l'octave. On compare souvent les couleurs aux notes de musique.
En 1792, Wolfgang Goethe reprend cette expérience en contemplant au fond d'une mare limpide un fragment de céramique : il découvre que la couleur, à part sa coloration, possède un degré de clarté ou d'obscurité. Thomas Yung (1772-1829) découvrira la synthèse additive, qui servira au cinéma, à la télévision et à la photographie.
La plupart du temps, les profanes considèrent comme harmonieux des assemblages de couleurs qui ont un caractère analogue ou qui sont de même valeur. En général, on sait qu'une harmonie est faite de deux couleurs qui s'accordent, que lorsqu'il y a dissonance, l'apport d'une troisième couleur peut changer ce heurt en harmonie.
Cette sensation est produite par la perception d'équilibre d'un ensemble quand les dimensions des surfaces observées sont rétables dans un rapport qui permet entre deux couleurs une neutralisation complète.
C'est l'étude du processus physiologique qui a permis d'ériger la notion d'harmonie de la couleur en loi physique. Chevreul (1786-1889), chimiste et directeur des manufactures des Gobelins, découvre le contraste successif ou simultané : la faculté de l'œil de restituer la couleur complémentaire de la couleur donnée. Cette couleur complémentaire produite par l'œil va neutraliser ou tendra à neutraliser pour la couleur donnée. C'est-à-dire reconstituera l'équilibre de la lumière blanche.
Les mélanges pigmentaires s'effectuent au détriment de l'intensité et de la pureté lumineuse. Les couleurs peuvent être modifiées de trois manières, dégradées, rabattues ou rompues :
Une vieille maîtresse nous disait : « Ne jamais ternir une couleur, elle est comme une fleur, si on y passe et repasse le doigt, il n'y a plus de velouté, plus de charme ! »
L'effet spatial de la couleur est relatif : il peut naître de croisements et de diagonales. Si l'on place les couleurs du spectre solaire côte à côte, on constate que le jaune semble venir en avant, tandis que le violet paraît fuir en arrière.
L'art abstrait, qui vers 1915 a été la révolution du siècle, a beaucoup étudié, expérimenté la couleur. On a découvert que les couleurs fondamentales produisent sur un fond noir des effets de profondeur correspondant à la règle d'or. L'effet spatial de la couleur est beaucoup utilisé en urbanisme : par le choix de la couleur, on peut faire paraître plus lointain, plus proche, plus grand ce qui est trop petit, plus petit ce qui est trop grand, attirer l'attention sur ce qui présente de l'intérêt, atténuer ce qui est moins.
Aux processus optiques, électromagnétiques et chimiques correspondent souvent des processus symétriques dans la région de notre âme. Pour traduire l'expression psychique et spirituelle de chaque couleur, il est nécessaire de les comparer :
L'action de la couleur s'exerce sur n'importe quel être humain. Elle peut provoquer une sensation tactile qui se traduit par une impression très nette de fraîcheur ou chaleur. Il existe des usines ou les murs sont peints dans diverses gammes de bleu.
Les coloristes de même que les chefs d'industrie n'ont pas manqué de constater les sensations dues à la couleur pour la décoration d'appartements, pour un meilleur rendement, pour optimaliser bien-être et travail. Les bureaux et les usines sont aussi à une véritable révolution créée par l'emploi scientifique de la couleur.
L'harmonie sert utilisée pour procurer des moments de détente efficace (par sa composition de deux couleurs spatiales opposées, le vert ne contient point tension). La couleur portée par éclairage entre les brillances provoquées par l'éclairage artificiel ou naturel et les soucis secondaires liés au plafond, mur, sol, meuble. En fonction des couleurs adoptées, on peut choisir des couleurs à donner aux vêtements de travail.
Les lois de la couleur sont situées hors du domaine. Une étude sérieuse de son mécanisme est un excellent moyen de culture humaine, elle rassemble les sensations inconscientes, les pensées intuitives et la science positive.
— Mizette Putallaz
Document original
Reproduction des trois doubles pages du catalogue Un demi-siècle de peinture. Cliquez pour agrandir.
pp. 110-111 · L'harmonie de la couleur · Les grandes découvertes
pp. 112-113 · Harmonie de la couleur · Le jargon de la couleur
pp. 114-115 · Effet spatial · Symbolisme · Action physiologique et sensitive
Les tonalités choisies doivent renforcer l'intensité de l'émotion. La forme et les couleurs sont choisies en fonction de l'intention.
— Mizette Putallaz
Pour aller plus loin