XVe — XVIIe siècles
D'après Armand Brulhart, le bulletin n°1 du Vieux Martigny (1977) et le procès-verbal du Conseil d'État valaisan.
La première apparition du bâti sous la dénomination latine Magna Domus, en 1462, laisse penser qu'il s'agissait d'un couvent aux sources invérifiables. L'origine de la maison remonte plausiblement à la noble famille de Martigny : le bâtiment est déjà connu sous le nom de Magnum Hospitium — soit grand hospice ou grande auberge — lorsqu'il passe à Antoine de Châtelard par la vente que lui en fait noble Peronnette de Martigny, descendante des derniers Vidâmes.
Une hypothèse suggère que la Grand Maison fut acquise par Georges Supersaxo en 1502. Les grands bénéficiaires de sa succession auraient été la famille Kalbermatten, de Sion, qui en deviendra propriétaire entre 1543 et 1547 et le restera jusqu'au milieu du XIXème siècle.
Les murailles massives d'un ancien cloître devenu aujourd'hui l'hôtel Grand'Maison.
— Gourgdault, 1879
Architecture
Le bâtiment, surmonté d'un toit à deux pans, présente onze travées de baies disposées de façon régulière sur trois niveaux, avec un quatrième niveau de galetas. Au centre s'ouvre un portail au large linteau qui devait porter les armes de la famille Kalbermatten.
Lors de travaux en 1977-78, un encadrement de porte gothique en pierre de taille a été découvert et remis en valeur sur la façade nord. Au nord-ouest, la tour de plan rectangulaire, dont le type remonte au XVème siècle, simule à sa base des mâchicoulis et est coiffée d'une toiture pentue en pavillon recouverte de tavillons.
Le seul matériel daté et conservé en provenance de la Grand Maison est la pierre de fourneau portant les initiales « N K » pour Nicolas de Kalbermatten et « C W » pour Cécile Waldin, datée de 1626.
Restitution
L'encadrement gothique mutilé au cours du temps a été redressé sur la base des relevés de Raymond Eggs, adjoint de l'archéologue cantonal. À l'origine, le linteau présentait une accolade caractéristique, supprimée lors de transformations ultérieures.
Graffiti
Lors du décrépissage des façades en 1977, des baies à arc surbaissé furent dégagées sur le mur ouest et révélèrent des ébrasements couverts d'inscriptions « sauvages », tracées pour la plupart à la sanguine. Sigles, monogrammes, armoiries, devises et phrases en latin : dates entre 1541 et 1619, à l'époque où la famille Kalbermatten rachète la bâtisse aux descendants de Georges Supersaxo.
Parmi les noms relevés : Antonius Mayers (1593), Carolus a monthey, Iohan Cvrton, Mro Antonio Zono, Jacob Ry, Emard Farnex. On reconnaît la devise des Supersaxo — WGW (« Was, wie, wo, wann Gott will »), un écu aux armes de Savoie, et le taureau des Kalbermatten accompagnant l'inscription « Le 24 avril 1619 retour », vraisemblablement liée au grand bailli Nicolas de Kalbermatten, alors colonel au service du duc de Savoie.
Photos Yan Höll · Bulletin n°1 du Vieux Martigny, 1977
Six siècles
De la Magna Domus au lieu d'art contemporain.
Première mention écrite. Le bâtiment, déjà connu sous le nom de Magnum Hospitium, passe à Antoine de Châtelard par la vente de Peronnette de Martigny.
Acquisition probable de la maison par le célèbre homme d'État valaisan.
La maison passe aux mains des Kalbermatten de Sion, peut-être par rachat de la succession Supersaxo. Elle restera leur propriété jusqu'au milieu du XIXème siècle.
Le capitaine Nicolas Kalbermatten commande l'agrandissement et l'embellissement de l'édifice. La tour d'escalier monumentale et l'aspect actuel datent de cette époque.
Le marchand baroque Kaspar Jodok von Stockalper séjourne souvent à la Grand Maison, alors tenue par la mère d'Étienne Ganioz, Madame Annilie Meschler.
La Grand'maison devient une auberge très fréquentée. De nombreux personnages célèbres y séjournent avant de gagner les cols du Grand-Saint-Bernard ou de la Forclaz.
La poste est rattachée à la maison sous l'intitulé « Hôtel Grand'Maison et Poste ».
Valentin Morand est tenancier de l'hôtel, suivi de son fils Joseph (1822-1865), dernier tenancier de la Grand Maison, dite alors « Hôtel Morand ».
La Grand Maison ne reçoit plus qu'une seule habitante : Madame Élise Morand.
Une banque de Martigny acquiert le bâtiment et le cède au détail à des particuliers. Ce morcellement permet de conserver de nombreux éléments d'origine.
Fondation de l'Association du Vieux Martigny par Pascal Couchepin. Restauration de la Grand Maison, redécouverte de la porte gothique et des inscriptions des XVIe-XVIIe.
La toiture pentue de la tour est rénovée avec subsides cantonal et communal par la pose de nouveaux tavillons.
Sous les voûtes de la Grand Maison, un nouvel espace artistique et culturel prolonge la tradition d'accueil, de rencontre et d'inspiration.
Les illustres voyageurs
Au croisement des routes du Grand-Saint-Bernard et de la Forclaz, l'auberge a accueilli les plus grandes plumes et figures du XIXème siècle.
À deux pas de l'illustre demeure
« Le midi commence à Martigny. »
L'expression a fait le tour de la Suisse : Mizette Putallaz en a peint l'image emblématique pour une affiche touristique nationale — la Place Centrale en plein midi, ses platanes, ses passants, l'envol blanc des oiseaux. Une scène où la lumière du sud, qui s'engouffre entre les murs du Vieux Bourg lorsque le soleil culmine, devient signature : cette lumière, la Place Centrale a été la première en Suisse à la capter.
Conçue en 1818, trois ans après Waterloo et le Congrès de Vienne, la Place Centrale est la première place moderne du pays. À mille âmes alors, Martigny en faisait déjà un carrefour entre Alpes et Rhône. Un patrimoine qui fait écho à l'histoire de la Grand Maison.